Cyril Jost

Ma première confrontation avec le monde des garderies lausannoises fut traumatisante. J’avais poussé la porte de la plus petite crèche de la ville, située au premier étage sans ascenseur d’un vieil immeuble décati de la rue de Bourg. Il n’y avait quasiment pas de fenêtres, aucune terrasse ni jardin, le mobilier était affreux et les murs sentaient la vieille frite du McDo situé juste en-dessous. La directrice m’avait reçu dans son bureau minuscule, qui servait aussi de salle de sieste pour les trotteurs. « J’aurai peut-être une place pour votre fille le mercredi à partir de janvier, m’avait-elle dit, tout sourire. Je vous rappellerai ! » C’est ça, ai-je pensé, en espérant que mon dossier se perde quelque part au fond d’un tiroir.

Un mois plus tard, mon aînée commençait à fréquenter cette crèche.

Huit ans plus tard, ma fille est encore toute excitée à l’idée d’aller à la fête de Noël de la garderie. Sa sœur, qui vit sa dernière année dans cette garderie, a trouvé tous ses meilleurs amis là-bas ; leur bande s’appelle « les potes à la compote ». La responsable de la nursery les connaît depuis qu’elles ont quatre mois. Pour les Fêtes, je me « planque » dans le bureau de la directrice où j’enfile la robe en velours et la grosse barbe blanche du Père Noël, sous l’œil hilare des éducatrices.

En huit ans, nous nous sommes attachés à cette garderie et à celles et ceux qui la font vivre. Il y a eu des fêtes, des concerts, des anniversaires, un déménagement (adieu odeur de frite!), des moments de joie intense et – comme dans toute famille – des moments de pleurs aussi. Dans quelques mois, tout cela sera terminé, et je serai infiniment nostalgique.

De cette expérience, j’ai retenu trois leçons :
1) Quand on visite une garderie, il ne faut pas trop regarder le mobilier. Il faut parler avec les gens.
2) Un lieu d’accueil sans jardin, ce n’est pas la fin du monde. Au contraire, c’est l’opportunité pour les enfants de partir en balade et découvrir leur ville.
3) Qu’on le veuille ou non, la garderie devient une deuxième famille pour nos enfants. Il faut saisir cette chance pour tisser des liens durables avec les équipes éducatives, car elles sont faites de gens formidables.

Ces choses-là, j’ai mis un peu de temps à les comprendre. Mes filles, elles, le savent depuis qu’elles sont toutes petites.

Cyril Jost, directeur éditorial des Editions Loisirs et Pédagogie (LEP)

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