Dr Philippe Stephan

A propos des lieux d’accueil parascolaires

Les accueils de jour collectifs sont devenus des institutions incontournables dans le paysage de la prise en charge des enfants tout au long de leur vie et c’est plutôt une bonne chose.

Et cela parce que ce sont des lieux « entre-deux », entre le lieu de la famille - qui peut être stimulant ou moins stimulant selon ses ressources – et le lieu de l’école qui a une définition assez précise de sa mission et des objectifs très précis. Ces lieux « entre-deux » peuvent être ressentis comme désécurisants. D’où l’intérêt qu’ils soient tenus par des personnes qualifiées, ayant une formation, travaillant avec un référentiel qui garantit la sécurité physique et surtout psychique des enfants.

Il est important que, dans ce moment où l’enfant est dégagé de la pression scolaire et des enjeux affectifs liés à la maison, il ait la possibilité de vivre dans de bonnes conditions, en lien avec les autres. Ce lieu est un lieu de vie, d’éveil et justement un endroit privilégié pour la socialisation de l’enfant.

La bonne formation du personnel est nécessaire pour gérer les enjeux qu’il y a entre le groupe et l’individu. Et ce n’est pas une mince affaire ! Cela demande une équipe qui puisse se réunir, réfléchir ensemble, s’appuyer sur un référentiel pour penser ce qu’il s’y passe et ce que les enfants leur font vivre, exprimer ses divergences, n’être peut-être pas forcément cohérente dans ses approches avec les enfants mais au moins assurer la cohésion des adultes autour des enfants. La cohérence est difficile à atteindre avec des enfants très différents mais il est essentiel de viser une cohésion des adultes autour d’eux.

C’est un lieu où il va y avoir des injustices et de l’agressivité ; il faut que cette injustice ne vienne pas mettre à mal la bienveillance que les éducateurs et les éducatrices doivent avoir avec les enfants et les parents. Il est très important d’élaborer ces questions d’injustice dues aux inégalités entre les enfants ; certains d’entre eux sont traités de manière très inégale à l’école ou dans leur famille.

Ces lieux ont la particularité d’accueillir les enfants de tous les horizons et de toutes les cultures. Ils sont aussi des lieux de projection assez forte de la part des parents activant parfois de la culpabilité. Certains parents choisiront de ne pas investir ce lieu, de ne pas parler avec les éducateurs, de faire comme si ce lieu n’existait pas, ce qui les déculpabilise. D’autres, au contraire, profiteront de moments d’échanges pour poser des questions et investir ce lieu. Le rôle des professionnels est d’accepter toutes ces différences sans juger les parents, avec bienveillance. Des éducateurs en mal de reconnaissance vivront cela difficilement. C’est dans les moments de rencontres même furtifs avec les enfants, rencontres qui sont tout à fait passionnantes, que les professionnel-les peuvent trouver une reconnaissance à leur travail. Ce lieu « entre-deux » offre un temps où on peut se poser, être ensemble, sans avoir quelque chose à faire, temps propice pour l’enfant qui désire se livrer. Et c’est important que l’enfant qui se livre dans cet espace-là rencontre un adulte qui a développé une éthique professionnelle pour traiter ces questions-là.

L’enfant peut se servir de ce lieu pour en faire beaucoup de choses : ça peut être un lieu magique, un lieu ressource, un lieu hostile, finalement un lieu suffisamment ouvert pour que l’enfant puisse y mettre quelque chose de lui, ce qui est différent de l’école et de la famille. On pourrait imaginer un 4ème lieu qui serait celui de la rue, mais ce lieu n’offre rien de cadré, rien de sécurisé. Donc pour certains enfants, il est peu adapté. Alors qu’avec les lieux d’accueil collectif, on est au cœur de la socialisation, on offre un accompagnement de la socialisation moins violente que ce qui peut se passer dans la rue ou dans les espaces dévolus à une attente : c’est-à-dire les cours de récréations, les préaux où les socialisations peuvent avoir des transactions un peu difficiles en fonction du développement de l’enfant, de son âge, de son histoire. De temps en temps, que ces transactions soient médiatisées par les parents, c’est bien, mais si elles le sont aussi par les éducateurs et éducatrices avec des références communes, c’est un gain pour la société future.

Dr Philippe Stephan, pédopsychiatre, médecin-chef au SUPEA, site de l’Hôpital de l’Enfance, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne.

Propos recueillis par Jacqueline Bonvin de Werra

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