Norah Lambelet Krafft

Pas que de la garde, + que de la garde
Parole de citoyenne – professionnelle de l’accueil de la petite enfance, de l’enfance et de la famille, formatrice d’adultes, ancienne conseillère pédagogique, conseillère intergénérationnelle

Elle est loin l’époque héroïque des crèches et des lieux d’accueil que j’ai pu découvrir en prenant mon poste de conseillère éducative au SPJ ! Tout au long de mes années de professionnelle j’ai vécu la stupéfiante transformation du monde de l’accueil de jour de l’enfance et son évolution vers ce que sont devenues les structures accueillant les enfants. Et pourtant ce n’est pas si loin que ça ! Fini le temps de « la garde » et maintenant, voici venu le temps de l‘accueil, plus que de la garde. Je quittais mon poste rassurée sur ce qui se proposait aux enfants et leurs familles.

Sitôt à la retraite, et devenue grand-mère, j’avais créé une association de grands-parents. Un lieu d’écoute et d’échange pour la génération des grands-parents. J’organise entre autre, des Cafés – Contact autour de divers thèmes traitant des relations en famille et entre les générations, de la place des grands-parents aujourd’hui, ainsi que la prévention des conflits. Ancienne professionnelle de l’enfance et de la famille, mes intérêts et mes actions passaient, d’un coup, d’une tranche d’âge à une autre, d’un statut à un autre.

Mais lors des premières rencontres, j’étais souvent interpellée au sujet de ces « pauvres enfants placés par leurs parents dans des crèches à longueur de journée alors que leurs grands-parents souhaitaient et pouvaient fort bien s’en occuper»… mon sang ne faisait qu’un tour et j’essayais de présenter l’accueil de jour des enfants comme un atout et une chance pour tout le monde ! Quelques anciennes collègues de la petite enfance présentes levaient les yeux au ciel et nous nous regardions perplexes !

13 ans après ! Les échanges sont tout autres et j’entends enfin des grands-parents émerveillés qui ne tarissent pas d’éloge sur les lieux d’accueil fréquentés par leurs petits enfants, ébahis par tout ce qui s’y passe.

Cette arrière-garde de professionnelles de la petite enfance s’est battue et a lutté non seulement pour créer plus de places d’accueil mais aussi et surtout pour faire renforcer à tout prix la qualité de l’accueil. Pour cela il y a eu des combats épiques auprès du public et des politiques. Nous avons obtenu de haute lutte des normes quantitatives et qualitatives d’accueil, des modifications profondes des formations des professionnels.

Ne baissons surtout pas la garde et continuons d’agir sans pour autant perdre cette étincelle de joie et de spontanéité qui devrait être le « petit plus » de notre fonction auprès d’enfants qui, après tout, nous sont confiés pour assurer leur bien-être physique et psychique durant le temps de travail de leurs parents ? Et dont nous ne sommes pas sensés accaparer le rôle !
Soyons-là pour répondre aux besoins de l’enfant avant tout, pour lui offrir avant toute chose un encadrement stimulant fait de découvertes et de plaisir, accompagné par du personnel bienveillant. Donnons lui un cadre pour le rassurer et lui assurer la sécurité affective tout en lui permettant d’agir et de devenir autonome.

Je vous envoie ces réflexions qui survolent dans ma tête depuis longtemps ! C’est un message d’amitié et de confiance que je désire vous faire parvenir en ce début d’année 2016 et je vous dis merci pour tout ce que vous faites et que vous ferez encore longtemps, je l’espère, auprès de cet enfant qui nous est cher.

Norah Lambelet Krafft
Février 2016

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